La rencontre d'Olivier DECAUX

                                      

La Rencontre

 

Je suis là pour vous parler de …d’une découverte….. ou plutôt de…..d’une rencontre…. qui m’a …. beaucoup ……..comment dire… je……

Je parcourais une terre gelée où le silence est maître, où les pensées les plus profondes surgissent.

La toundra est une plaine du nord glacée qui pourrait sembler vide et terne, au contraire, ce territoire renferme un ensemble de richesses inexploitées. Une terre où la faune se fait discrète et où la flore sommeille.

Cette terre m’a apporté ce que je cherchais.

Il y a trois ans, en Sibérie, lors d’une expédition je fis la connaissance d’un peuple nomade encore inconnu à ce jour, les Koulyouas.

Ce peuple vénérait une créature très mystérieuse. Je vais vous raconter comment ce peuple me l’a décrite :

La créature a quatre pattes, un corps épais et émet un son qu’on ne parvient pas à définir… tantôt aigu tantôt rauque. La créature est capable de bondir comme le lièvre. Elle peut-être aussi massive qu’un bœuf, aussi gracieuse que le renne, aussi agile que le lynx. Quelque fois la créature est aussi dévastatrice qu’un ours effrayé, ou encore aussi discrète que le loup. Sa peau est aussi douce que les plumes d’une chouette. La créature est toujours en mouvement. 

Quand le cercle étincelant fait son apparition à travers la neige la créature foule le sol vêtue de blanc et se fond dans un horizon qui parait éternel.

Quand le cercle brillant est haut dans le ciel, on l’aperçoit parfois volant dans les nuages avec des ailes d’aigle.

En de rares occasions on peut la voir lorsque l’eau et la lumière se mêlent, quand les dieux pleurent et rient, ce qui fait apparaître la fenêtre vers l’autre monde, le pont qui relie le ciel et la terre, une bande qui traverse l’horizon, et qui regroupe toutes les couleurs, la couleur de la boule étincelante et celle des plantes, la couleur du sang et du ciel comme quand les nuages noirs grondent.

Je veux bien sûr parler d’un arc en ciel.

Pendant cet évènement on discerne la créature le sillonnant parmi toutes ses couleurs.

Ce phénomène est très important pour les Koulyouas, il leur permet de commencer la cérémonie qui leur permet de dire au revoir à leurs défunts.

La créature est le messager qui les guide vers l’au-delà.

Après avoir vécu quelques temps avec cette tribu, je repris ma route à travers ces étendues glacées.

Je marchais sur un sol moelleux et doux, recouvert de mousses et de lichens.

En contemplant l’horizon tout autour de moi il me prit l’envie de fermer les yeux pour ressentir le vide de ce territoire isolé. La brise caressait mon visage, les seuls sons que j’entendais étaient le sifflement du vent et quelques chants d’oiseaux. L’odeur fraîche des bruyères et des mousses pénétraient dans mon esprit.

C’est alors que je sentis des vibrations dans le sol, très intenses, un martèlement rapide et régulier parvint à mes oreilles. J’ouvris les yeux…Tout ce que je vis, c’est une traînée de poussière qui s’étendait à perte de vue, droit devant moi. J’entrepris de continuer mon chemin à la poursuite de ce mystère. Mais plus j’avançais, plus une brume épaisse s’installait. Je m’engouffrais dans un marais pour enfin arriver au bord d’un lac. Tout autour de ce grand lac il y avait des iris en fleurs. Toutes les fleurs étaient blanches. Je me suis assis et j’ai essayé de voir au milieu de ce brouillard. Je n’apercevais que l’étendue d’eau et son contour. il me semblait baigner dans un nuage mou et blanc comme du coton.

Puis, je le vis, je vis tout d’abord sa tête penchée au bord de l’eau, il buvait. C’était un magnifique cheval blanc, sa queue brassait l’air, il déploya deux ailes très longues, leva la tête, pour me regarder et s’envola. Je bondis du sol et couru le long du lac jusqu’à percuter un rocher. Le choc de mon corps contre la pierre, avec l’élan de ma course me propulsa en arrière. Je me retrouvai allongé sur le dos, à demi conscient, avec au-dessus de moi, encore la brume, elle camouflait une immense falaise, j’entendis un hennissement provenant du sommet. Ce cri retentit comme un rire moqueur dans ma tête. Je me relevai et décidai de  gravir cet escarpement. L’ascension fut pénible et douloureuse.

Mais tout en haut

Je le vis à nouveau.

Il était là, il m’attendait. Je suis venu à lui. Pendant une durée indéterminée, qui sembla une éternité, tout comme l’instant d’une seconde, nos regards se croisèrent et se fixèrent.

Je m’approchai de lui pour lui dire:

«  Tu m’attends ? »

Il ne bougeait pas, il me regardait toujours, fier, calme et magnifique.

Un Cheval Blanc.

« Pourquoi es-tu là, seul ? »

Toujours rien, je continuai de m’avancer doucement, cette fois en tendant la main pour le caresser, il se mit à reculer. Puis il avança brusquement d’un air menaçant, et là c’est moi qui dû revenir sur mes pas. Redevenu serein, je voulus m’approcher de lui, il recula de nouveau, puis il avança, à mon tour, je reculai.

Nos mouvements s’enchaînant nous finîmes par danser.

Notre scène me fit rire, je riai haut et fort et en réponse le cheval émit un long soupir.

Je me risquai une dernière fois à le toucher, ce fut un succès, il ne bougea plus, je posai ma main sur son encolure, son poil blanc ivoire était doux et soyeux.

Je l’enfourchai en attrapant sa crinière. Il se cabra et se jeta du haut de la falaise. Nous chutâmes en piqué, il se redressa au dernier moment, juste au-dessus du lac où ses quatre sabots effleurèrent la surface de l’eau. Il battit des ailes,

nous nous sommes envolés.

Nous avons volé presque toute la journée, et galopé le long de la plaine à toute vitesse. J’avais l’impression de ressentir toutes les sensations qu’il percevait, le claquement de ses sabots sur le sol, le rythme de sa respiration, le mouvement de ses muscles. Je n’avais aucun problème à tenir sur le cheval ailé, pourtant en d’autres circonstances il m’aurait été difficile de réaliser de telles prouesses. Il était d’ailleurs étrange et inexplicable qu’il soit si facile de monter cette créature sauvage, c’est comme s’il m’avait choisi dès le premier instant. J’épousais parfaitement les enjambées du cheval.

 Nous ne faisions qu’un.

Ce jour-là je compris.

Je compris que je resterais avec lui.

Au crépuscule de ce jour riche en émotion, à la fin de notre course effrénée, nous étions revenus à l’étang entouré d’iris. Le cheval suivait la ligne blanche tracée par la présence des fleurs. Puis il contourna le lac. Nous arrivâmes devant une cascade. Le cheval déploya ses ailes, pris de l’élan et sauta pour traverser la chute d’eau.

Nous entrâmes dans une grotte recouverte d’un tapis de mousses et de fougères. Je descendis de ma monture, il se coucha, je le regardai il fit de même puis s’endormit. J’observai la grotte quelques instants et m’allongeai contre lui.

Deux hivers entiers s’écoulèrent.

Chaque jour nous survolions et sillonnions les grandes plaines et forêts du Nord.

Un plaisir sans cesse renouvelé.

Un soir de pleine lune nous arpentions la lande enneigée. Le calme régnait, la paix habitait mon esprit, je n’avais jamais passé un aussi merveilleux moment avec lui. Il était heureux et satisfait…

Le ciel étoilé fut recouvert de nuages sombres laissant seule la lune nous éclairer. Une lueur surgit jusqu’à faire trembler la terre, des frissons envahirent nos corps, le vent se déchaîna, nous ne parvenions plus à nous mouvoir.

La  créature affolée à chaque fois que la foudre se dirigeait vers le sol, se cabra et galopa comme jamais, fuyant l’orage, envahie par la peur. Je remarquai que les éclairs se rapprochaient de nous comme si nous étions la cible de la colère des dieux. La créature s’éloignait de plus en plus vite, mais la foudre était plus rapide qu’elle et nous fûmes frappés de plein fouet. Je fus projeté au sol, sur la neige qui commençait à fondre, je ne sentais plus rien autour de moi. La créature allait parfaitement bien, même mieux que d’habitude, des éclairs parcouraient encore son corps. Elle s’avança dans ma direction et me fit tourner dans la neige en me poussant avec sa tête. Elle attendait une réaction, mais je n’avais plus de force, je sentais la vie me quitter. Alors la créature se dressa et laissa retomber ses deux pattes avant sur mon torse. Le choc de ses sabots aurait dû me tuer instantanément. Le cheval ailé devenait la foudre, sa forme n’était plus qu’énergie pure, tout son corps avait disparu. La créature se fondit en moi, une intense quantité d’énergie électrique me transperça. Je saignai. Je finis par m’évanouir car la souffrance n’était plus supportable.

La pluie cessa, les nuages s’écartèrent.

Des heures plus tard j’ouvrais les yeux, le ciel étoilé dominait la plaine. Mon corps brillait il était blanc argenté je voyais mes blessures se refermer en l’espace de quelques minutes. Je posai ma main sur ma poitrine, ma peau était aussi douce qu’un poil duveteux, et je percevais sous l’épiderme, deux battements de cœur distincts.

Je me suis mis debout à travers la lande déserte et j’ai galopé. J’ai galopé jusqu’ici pour vous parler.

(il pousse un hennissement et part)

 

 

 

 

 

Sandra REBOCHO

Cette année, Clémence, Diane, Mathilde, Mélanie, Najale, Sarra, Kiss, Olivier et Tad, élèves en Cycle 2 Théâtre du Conservatoire à Rayonnement Départemental d'Argenteuil travailleront avec une artiste-intervenante extérieur, l'auteur Sabine Revillet. L'objectif du travail est de guider les élèves dans l'écriture de leur propre texte, par des ateliers d'écriture mené par l'auteur. Le projet pédagogique est que les élèves puissent expérimenter le Théâtre de rue, à travers des propositions personnelles créées de l'écriture à la mise en jeu, liées les unes aux autres par un fil conducteur et

aboutissant à un texte final regroupant tous les élèves (tutti), notamment au cours de la fête des Irisiades du château d'Auvers-sur-Oise les 22 et 23 mai prochain, et durant le festival d'Argenteuil début Juin. Les élèves pourront ensuite interroger l'espace scénique du Centre Culturel Le Figuier Blanc d'Argenteuil le soir du 26 juin avec les mêmes travaux, passant d'un espace de jeu extérieur à un espace de jeu intérieur, et se confrontant ainsi à deux adresses au public différentes.

Ce blog est un outil de travail mis à disposition des élèves afin de leur donner un espace libre d'écriture. Tous partent à priori d'une proposition personnelle ( choix d'une figure mythologique, écriture et création d'un personnage, travail sur le Clown ou le Masque, textes personnels...). Sabine Revillet interviendra sur trois séances de travail qui seront directement mis en écho par un travail sur le plateau avec moi-même. Nous avanceront ainsi ensemble, pas à pas jusqu'au mois de mars...

Ensuite, chaque texte sera accompagné par des élèves musiciens du Conservatoire qui rejoigneront ainsi l'aventure sous la direction de leurs professeurs et de Béatrice MAFFEI en chef d'orchestre du Tutti final regroupant tous les élèves (Théâtre et Musique).

Une belle aventure commence...!


Sandra Rebocho,

Professeur de Théâtre au CRD d'Argenteuil



Ce travail se fait avec le soutien et la collaboration de Béatrice MAFEEI, directrice du CRD et grâce au financement de la Direction des Affaires Culturelles d'Argenteuil.






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