Partager l'article ! Ne pouvant t'aimer je goûterai ton sang de Najlae DEMAMI: Ne pouvant t'aimer je goûterai ton sang (On entend une fr ...
Ne pouvant t'aimer je goûterai ton sang
(On entend une frêle mélodie résonner dans l'enceinte d'un parc fleuri. Un jeune violoniste frotte délicatement ses cordes au pied d'un escalier de pierre. Il semble être seul en accord parfait avec sa musique...Mais il ne l'est pas....Une ombre déambule entre les parterres de fleurs derrière lui....C'est une femme, une beauté venue d'un lointain passé. Elle s'approche silencieusement d'un pas gracieux et enlace de ses doigts fins la gorge du jeune garçon qui cesse instantanément de jouer. Les doigts de la jeune femme remonte lentement pour se saisir doucement de son visage...Elle se penche alors vers lui, pose sa joue contre son cou et après avoir infiniment respiré son parfum murmure)
Ton odeur est exquise…Ne t’arrête pas…
Ce que tu interprètes est...si doux...Cette mélodie…m'emporte loin des ténèbres de mon existence...joue....Je ressens...la chaleur d'un feu crépitant....La caresse des flammes sur ma peau...Je me consume...Je frisonne...Je vois...Ces rubis pourpres de pleine beauté…Les braises incandescentes de l’amour…la clarté de L’insouciance…et…l’imprudence…Le bien être sans faille…
Arrgh !!!! J’ai envie de vomir…Tout cela est bien trop limpide...Ce bonheur éphémère Arrgh ! Ne connais-tu dont rien de la vie ? Pourquoi jouer quelque chose de joyeux alors que tout est triste...? Tout est sombre...Joue…Le Requiem* de Mozart ! Oublie ces Mirages ! Je veux que tes notes soient gelées...que l'atmosphère soit lourde...Je veux entendre tes cordes vibrer de sons funestes...sentir la désolation dans l'air...Joue !
(le musicien joue)
Je fais souvent ce rêve…Toujours le même depuis des siècles...
«Je suis assise contre ce qui semble être un mur de pierre glacée...de lourds anneaux de métal encerclent mes poignets.
Ceci est désagréable...très désagréable...
J'ai faim.
Horriblement faim.
C'est une douleur intense. Insupportable.
Je ne vois rien. Je suis dans l'obscurité...j’ai froid...
Je ne sais...où je suis...ni pourquoi...mon esprit est vide...Il me semble qu'un trou noir aspire le moindre de mes souvenir...Qui suis-je ?»
Sais-tu ce que cela fait de ne plus savoir qui l'on est ? D'être attachée dans le noir ?
(rires)
Dans le noir béant d’une grotte hostile...? Moi je l’ai vécu en rêve…l’ai-je vécu dans ce monde ? Peut-être…(rire)
« un long et insupportable son se fait alors entendre. Cela ressemble à...au grincement métallique d'une lourde porte en fer qu'on ferait glisser.
Un clappement de pas boiteux résonne...je suppose que ce sont ceux de mon geôlier...Je tends l'oreille...Le bruit de pas se rapproche...
Et...une douce odeur de Lys s'empare de mes narines. Hum...».
(s'approche une nouvelle fois du musicien pour sentir son odeur)
Oui...c'est presque ça...La tienne est plus...sucrée...moins florale...je dirais....plus proche de…la cannelle…
«Cela réveille en moi une curieuse sensation...Une espèce de...douleur...de manque...
Mais...ma faim est bien trop importante...si importante...que le manque procuré par ce parfum en devient...insignifiant...
Mon attention est retenue par....une tout autre odeur...Une odeur salée...une odeur de viande....une odeur animale…
Les bruits de pas cessent...j'entends le son sourd d'un gros paquet qu'on fait tomber sur le sol...puis...peu après...celui de la lourde porte de fer...et...plus rien.
Je suis seule...l'odeur de la chair fraîche est...si proche de moi...Si...alléchante...
Je salive...
Je n’attends pas une seconde de plus...je prends à peine le temps de me relever...et....je me jette à la façon d'une louve affamée vers ce festin. Je me déplace vite...agilement...
J'y suis...Le paquet a été posé juste assez près pour que mes chaînes me laissent l'atteindre…
Je l'attrape, retire furieusement le tissu dans lequel on l'a emballé et mord à pleines dents dans cette masse tendre…
La barbaque est crue...et gorgée de sang...Ce liquide vital est encore tiède....je le sens dans ma bouche...hum...un véritable délice...
Je plante...encore et encore...avec avidité mes canines, tel des crocs, dans ce qui me semble être des tripes ou des intestins...Je les déchire...Le sang gicle, dégouline le long de mon cou, sur le bas de mon ventre et s'écoule lentement sur le sol.
J'avale sans mâcher...sans prendre la peine de respirer...jusqu’à ce que ma faim s’apaise...ensuite...le vide, la sensation abominable d'avoir perdu quelque chose…s'empare de moi...Qu’ai-je mangé?...ce fut délicieux...mais...qu’était-ce ?…Là...je me réveille...et réalise que...ce met savoureux n'était rien d'autre que la chair de l’homme que j’aime...Hum...mais…c’était si bon....!» (rire)
L'anthropophagie n'est il pas le comble de l'amour charnel ? Et pourtant..je suis ce que l'on nomme Cannibale...et je me délecte du corps mort de mes Amants...
Arrête cette musique…tu as peur ? Peur de moi ? Oui ? Non ?
(rire)
hum...L’humanité m’a donnée plusieurs noms…esprit, fée ou même ange…
(rire)
Dans la Grèce Antique on m’appelait dryade, nymphe des bois…Mais peu importe le nom qu’on me donne…je préfère celui de Calixte…ainsi je n’appartiens à aucune catégorie, classe définie par la race qui est la tienne...Et puis...je dois avouer que ces titres sont bien trop...clairs....lumineux.....pour me définir... (rire)
L’important à retenir c’est que…Je possède certaine qualité…pouvoir....
Je peux...par exemple faire de toi tout ce dont je désire…ainsi l’as tu peut-être déjà remarqué...depuis que je suis venue à toi...tu n'as uniquement fait que ce que j’ai voulu....si tu joues... si tu me regardes...ou...si tu exécutes le moindre mouvement... c'est que je l'ai souhaité...tu suis mes ordres...aussi muets soient ils…
(rires)
Sais-tu que je peux prendre l’apparence d’un animal…?
Maintenant joue Toccata de J.S.Bach
Je vais te raconter mon histoire...
"Il y a fort longtemps…
alors que je n’étais encore qu’une jeune innocente pour le moins candide…pas sans caractère...certes....mais...quand je croyais encore que l’amour et le bonheur pouvaient exister…je me promenais au bord d’un lac sous la forme d’une biche...Le soleil était éclatant, les oiseaux chantaient...et les papillons volaient...J'avais soif...Je me suis donc penchée vers la surface de l’eau pour me désaltérer...c'est alors qu'une horrible douleur me déchira la cuisse…
(elle revit la scène)
Un jeune chasseur imprudent venait de me tirer une flèche ! Pauvre fou ! Comment avait-il osé !? Je repris une forme humaine...afin que cet insensé comprenne l'erreur qu'il venait de commettre...qu'il en paye les conséquences...Mais...c'est alors que je le vis...aussi beau qu'un dieu...Ses prunelles étaient d'un bleu profond...Des boucles d'or lui tombaient sur la nuque...et ses lèvres rosées sciaient à merveille avec la blancheur de sa peau...autour de lui se dégageait l'agréable parfum du Lys..."
Une senteur...qui...par certain aspect me rappelle la tienne...
"Il cru qu'il venait de blesser une de ses semblable...et…je ne fis rien pour l’en dissuader... (sourire en coin/ rire) au contraire…je feignais d'être une pauvre humaine blessée, de souffrir…pour qu’ainsi cette sublime créature reste au près de moi…et me soigne...Comme je cicatrise relativement vite...j'ai du, ainsi, jouer la comédie pendant quelque temps encore...
(rire)
Nous ne nous sommes pas quittés pendant trois nuits et trois jours...trois nuits et trois jours à s'aimer...comme deux être ne peuvent s’aimer…nos baisers étaient passionnés…mes lèvres se collaient avec ardeur aux siennes…et les siennes aux miennes…La fusion de nos deux corps était une lente frénésie…l’embrasement de deux amants inconscients…Sa peau délicate brûlait la mienne…Et mon âme…n’était plus qu’un incendie...Mon cœur...s'était mit à battre pour cet être humain...Il s'appelait...Auxance... »
As-tu déjà aimé ? Sais-tu au moins ce que cela signifie ? Aimer…Aimer à en souffrir…à désirer en mourir... et sans jamais pouvoir mettre fin à tes jours... Aimer…puis...finalement...Haïr…
(Calixte glisse ses doigts dans les cheveux du musicien, premier et unique geste véritablement tendre de la scène)
J’aurais pu t’apprendre…
« Avant que je ne rencontre ce jeune garçon...Je m'étais longuement appliquée à m'attirer les faveurs d'une entité supérieure...Demetrios...Dieu de la Vanité et de la Condescendance...je lui appartenais...Mais pour moi...tout cela était fini...je ne voulais que le bel Auxance à présent...Et donc...bien entendu, lorsqu'il eu vent de tout cela....Rongé par la jalousie et l'orgueil...Demetrios me...maudit : Ton cœur battra, et tu ressentiras la faim. Elle t'appellera et comme un animal vers elle tu courras. Tu dévoreras la chair, et t'abreuveras du sang de l'être aimé.
La prophétie était prononcée...C'était mon destin...Je ne pouvais y échapper...Je couru....non...je volais...tel un aigle vers cet être que mon cœur appelait...Auxance...Je mis peu de temps à le retrouver...La faim me guidait...elle me menait au travers des plus cours chemin.
Je l'ai retrouvé près du lac où nous nous étions connus...Il était tranquillement allongé dans l'herbe verte...Et moi...comme un démon affamé...un animal enragé....Je me suis ruée sur lui...J'ai planté mes dents dans son cou....goûté à son sang et mastiqué sa chair...Il n'a pas pu se défendre..."
(Calixte chuchote ses derniers mots à l'oreille du musicien...et, avec un sourire, elle ajoute)
Comme tu ne pourras pas te défendre....Car tu es totalement à ma merci...Et tu l'auras compris....J'aime ton odeur...ce doux parfum qui me rappelle tellement le sien...n'essaie même pas de résister...tu ne peux te battre...Je suis plus forte que toi...Mon pouvoir t'as entravé...tu es enchaîné...
(La jeune femme plonge son regard dans celui du jeune homme, ses doigts caressent tendrement son fin visage...)
Ne crains rien...l'affolement est un sentiment inutile...tout ira bien.....tu ne sentiras rien...
*les musiques sont à titre indicatif, elles se préciseront avec le musicien
Cette année, Clémence, Diane, Mathilde, Mélanie, Najale, Sarra, Kiss, Olivier et Tad, élèves en Cycle 2 Théâtre du Conservatoire à Rayonnement Départemental d'Argenteuil travailleront avec une artiste-intervenante extérieur, l'auteur Sabine Revillet. L'objectif du travail est de guider les élèves dans l'écriture de leur propre texte, par des ateliers d'écriture mené par l'auteur. Le projet pédagogique est que les élèves puissent expérimenter le Théâtre de rue, à travers des propositions personnelles créées de l'écriture à la mise en jeu, liées les unes aux autres par un fil conducteur et
aboutissant à un texte final regroupant tous les élèves (tutti), notamment au cours de la fête des Irisiades du château d'Auvers-sur-Oise les 22 et 23 mai prochain, et durant le festival d'Argenteuil début Juin. Les élèves pourront ensuite interroger l'espace scénique du Centre Culturel Le Figuier Blanc d'Argenteuil le soir du 26 juin avec les mêmes travaux, passant d'un espace de jeu extérieur à un espace de jeu intérieur, et se confrontant ainsi à deux adresses au public différentes.
Ce blog est un outil de travail mis à disposition des élèves afin de leur donner un espace libre d'écriture. Tous partent à priori d'une proposition personnelle ( choix d'une figure mythologique, écriture et création d'un personnage, travail sur le Clown ou le Masque, textes personnels...). Sabine Revillet interviendra sur trois séances de travail qui seront directement mis en écho par un travail sur le plateau avec moi-même. Nous avanceront ainsi ensemble, pas à pas jusqu'au mois de mars...
Ensuite, chaque texte sera accompagné par des élèves musiciens du Conservatoire qui rejoigneront ainsi l'aventure sous la direction de leurs professeurs et de Béatrice MAFFEI en chef d'orchestre du Tutti final regroupant tous les élèves (Théâtre et Musique).
Une belle aventure commence...!
Sandra Rebocho,
Professeur de Théâtre au CRD d'Argenteuil
Ce travail se fait avec le soutien et la collaboration de Béatrice MAFEEI, directrice du CRD et grâce au financement de la Direction des Affaires Culturelles d'Argenteuil.